Prise en charge du traitement du travailleur souffrant de dépression par un pharmacien spécialisé en psychiatrie

La dépression est beaucoup plus courante qu’on peut le croire. Une étude récente révèle que 30% des femmes et 17% des hommes en souffrent actuellement au cours de leur vie.(1) Nous savons que les coûts et les répercussions de la dépression sont énormes. Aucune autre maladie n’a autant d’impact sur les travailleurs, leurs collaborateurs et leurs proches. La perte de productivité et l’utilisation des ressources de santé augmentent avec la sévérité de la dépression et le contexte de la pandémie(2)
De plus, la dépression est associée à 2 fois plus de risques de cancers de toute nature dans la population et à 4.4 fois plus de cancer du sein chez les femmes.(3) Le patient déprimé a aussi 64% plus de risques de développer une maladie coronarienne.(4)
Il en est ainsi pour de nombreuses autres maladies, notamment le diabète(5), l’asthme(6) et la démence(7) dont la dépression concomitante augmente les risques, les complications et la mortalité. C’est pourquoi on la classe comme une maladie de l’organisme entier.(8)
Malgré qu’elle trône au premier rang des causes d’incapacité dans le monde et qu’elle devrait être jugée prioritaire, la dépression est souvent peu considérée.(9) Deux tiers (2/3) des patients qui souffrent de dépression ne reçoivent pas le traitement approprié ou ne reçoivent pas le soutien nécessaire.(10) Ajoutons également que la prévalence à vie du risque de suicide est tout près de 20% chez les déprimés non traités.(11)
Que pouvons-nous faire pour améliorer cette situation dans les entreprises?

Chez Pharmapsy, nous proposons une prise en charge rapide et intensive du travailleur déprimé par un pharmacien spécialisé en psychiatrie. Ce suivi se fera via internet.
La première étape consiste à évaluer à la base la sévérité de la dépression par un outil de mesure objective, le PHQ-9. Il est possible de prédire beaucoup plus tôt qu’avant, la réponse au traitement : soit 2 semaines après l’atteinte d’une dose thérapeutique (souvent après 3 semaines de traitement).(12,13,14)Si à ce moment, le résultat du PHQ-9 ne s’est pas amélioré d’au moins 20%, nous intervenons par une optimisation de la dose ou un changement de traitement si celui-ci n’est pas toléré par le patient. Dans certains cas, on pourra faire un ajout de médicament, par exemple, s’il y a une réponse partielle. De cette façon, nous évitons de faire perdurer un traitement inefficace qui peut conduire à un échec thérapeutique ou à un abandon de traitement. Chacune de nos actions est accomplie de concert avec le médecin traitant.

Environ 50% de l’insuccès d’un traitement est dû à une non-observance reliée aux effets indésirables, à la peur d’une dépendance aux antidépresseurs ou à la croyance qu’un traitement à court terme est suffisant pour guérir les symptômes.(15) Sachant cela, il faut d’abord, lors de la première rencontre avec le patient, discuter de l’importance du traitement, de sa durée et des conséquences néfastes de son arrêt. Un dépliant résumant l’entretien est ensuite envoyé au patient afin qu’il puisse intégrer ces notions fondamentales. De cette façon, nous créons une alliance thérapeutique avec le travailleur en détresse et nous l’assurons d’être à ses côtés pour traverser cette période difficile.

Ainsi, ce travailleur sera suivi régulièrement jusqu’à rémission complète et tout problème d’intolérance ou d’inefficacité sera évalué et résolu le plus rapidement possible. Nous prenons en compte la médication préexistante du patient et ses pathologies ou comorbidités afin de personnaliser tous les traitements suggérés et d’éviter une interaction nocive ou une contre-indication.

Pharmapsy offre également un service de dépistage de la dépression et de l’anxiété chez les travailleurs, afin de diminuer les risques de présentéisme et d’absentéisme qui s’avèrent tellement délétères au fonctionnement des entreprises.

Nous sommes convaincus que cette approche active et attentive sera couronnée de succès. Elle complète, de manière très pertinente, le suivi du travailleur déprimé offert par le psychologue dans les P.A.E. comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) par exemple. D’ailleurs, plusieurs études soulignent les avantages indubitables de cette association sur l’efficacité et la rémission de la dépression et des troubles anxieux.(16,17)

Jacinthe Leblanc, pharmacienne spécialisée en psychiatrie,
Directrice scientifique de Pharmapsy

Références:
1. Jamie Tam et al, U.S. Simulation of Lifetime Major Depressive Episode Prevalence and Recall Error, American Journal of Preventive Medicine (2020).
2. Culpepper L, Higa S, Martin A, Gillard P, Harrington A. Direct and indirect costs associated with major depressive disorder. Presented at: Psych Congress 2021; October 29-November 1, 2021; San Antonio, Texas. Poster 149.
3. Gross AL, Gallo JJ, Eaton WW. Depression and cancer risk: 24 years of follow-up of the Baltimore Epidemiologic Catchment Area sample. Cancer Causes Control. 2010;21(2):191-199.
4. National Institute of Health, Heart disease and depression: A two-way relationship, 2017
5. Bădescu SV, Tătaru C, Kobylinska L, et al. The association between Diabetes mellitus and Depression. J Med Life. 2016;9(2):120-125.
6. Gao Y-h, Zhao H-s, Zhang F-r, Gao Y, Shen P, Chen R-c, et al. (2015) The Relationship between Depression and Asthma: A Meta-Analysis of Prospective Studies. PLoS ONE 10(7): e0132424.
7. Byers AL, Yaffe K. Depression and risk of developing dementia. Nat Rev Neurol. 2011;7(6):323-331. Published 2011 May 3.
8. Kang H-J et al. Comorbidity of Depression with Physical Disorders: Research and Clinical Implications. Chonnam Med J. 2015 Apr;51(1):8-18.
9. World Health Organisation. 13 sept. 2021
10. Kaiser Permanente. « Only one-third of patients diagnosed with depression start treatment: ScienceDaily, 8 February 2018.
11. Gotlib I, Hammen C. (2002). Handbook of Depression. New York: Guilford Press; 2002. Dans Medscape August 6, 2020.
12. Szegedi A, Jansen WT, van Willigenburg AP, van der Meulen E, Stassen HH, Thase ME. Early improvement in the first 2 weeks as a predictor of treatment outcome in patients with major depressive disorder: a meta-analysis including 6562 patients. J Clin Psychiatry. 2009 Mar;70(3):344-53.
13. Hicks PB et al. Predictability of Nonremitting Depression After First 2 Weeks of Antidepressant Treatment: A VAST-D Trial Report. Psychiatric Research and Clinical Practice 2019 1:2, 58-67
14. Godhwani A et al. Is the PHQ-9 accurate in monitoring changes in symptoms of depression in adults? Evidence-Based Practice: December 2020 – Volume 23 – Issue 12 – p 34-35.
15. Brown MT, Bussell JK. Medication adherence: WHO cares? Mayo Clin Proc. 2011;86(4):304-314.
16. Cuijpers P, Sijbrandij M, Koole SL, Andersson G, Beekman AT, Reynolds CF 3rd. Adding psychotherapy to antidepressant medication in depression and anxiety disorders: a meta-analysis. World Psychiatry. 2014;13(1):56-67.
17. Steven D. Hollon, Robert J. DeRubeis, Jan Fawcett, Jay D. Amsterdam, Richard C. Shelton, John Zajecka, Paula R. Young, Robert Gallop. Effect of Cognitive Therapy With Antidepressant Medications vs Antidepressants Alone on the Rate of Recovery in Major Depressive Disorder. JAMA Psychiatry, 2014; 71 (10): 1157